Rifflart, le Faudeur
Au temps jadis, au village de Gabelle, du côté de Huy, vivait une petite famille qu’on appelait « Rifflart ». Était-elle issue d’anciens ouvriers bâtisseurs, ou plutôt d’une famille ayant des aïeux bagarreurs ? On les dit originaires de la Principauté de Liège. Bien malin celui qui trouvera le lieu exact. (Voir une hypothèse )
Aussi malins qu’adroits et prestes, ils eurent les faveurs de la famille de Floyon. Dans un acte datant de 1487, Johan Rifflart reçoit de Michel de Floyon (Floion dans le document), mercier, bourgeois de Huy, maire de la cour des métiers de Huy, une propriété comprenant cour, cortil, jardin, prés, viviers et bassin à Lisse (Lieze dans le texte), daté du 1er octobre 1487. Cette transaction est réalisée en accord avec les hoirs de Michel de Floyon.
Le plus ancien documents trouvé date de 1487
Je Michiel DE FLOION merchei bourgoy de Huy maire de ma court salut savoir fay a chun et a tous avoir en la prnces de mes massuyrs et tenans cy desoz nomez si coe pdevant made court donneit et rporteit sus es mains de Johan RIFFLAR le faudeur reprendant et acceptant pour tenir de moy et de mes hoirs en hrtaiges en bonne droit loiale et ferme accese hrtibales ... Premier la court cortil jardin preis viviers et assieze condis le vivier a Lieze a touttes ... lan de grace .. 1487 de mois doctobre le premier jour
CJ de Marchin
CJ de Marchin
Que fait le Fendeur chez un marchant de tissus
Le métier de faudeur (ou fauldère) au XVe siècle était un métier spécialisé de l'artisanat textile. Cet ouvrier était chargé de fauder, c'est-à-dire de plier les grandes pièces de drap et d'étoffe de laine dans leur longueur avant leur commercialisation, en s'assurant que les deux lisières se rejoignent parfaitement.
Chapitre 1 :
Le cadre de vie : entre fleuve, forêt et vignobles
Dans les années 1480, la banlieue de Huy vit sous l’autorité de la Principauté de Liège, un État ecclésiastique gouverné par un prince-évêque. C’est ici, au lieu-dit « la Gabelle », que s'est établie la famille de notre ancêtre, Johan Rifflart, dit « Faudeur », alors au service du seigneur Michel de Berlaimont de Floyon.
La vie y est rude et l'espérance de vie précaire, lourdement marquée par une forte mortalité infantile. Pourtant, quiconque parvient à franchir le cap des vingt ans peut espérer vivre bien au-delà de la cinquantaine.
La famille loge dans une modeste masure, habitat typique des faubourgs mosans. Construite de bois et de torchis, elle est couverte d’un toit de paille et de roseaux. L’emplacement est idéal, situé le long du chemin de terre qui mène directement à Huy, à moins de 500 mètres du Houyoux et des sources fraîches de la forêt de la Gabelle, et à seulement une lieue des célèbres vignes de Thiers.
À l’intérieur, la vie s’organise dans une pièce unique et sombre, sol de terre battue, où l'âtre central sert à la fois de cuisine et de source de chaleur. Le mobilier se limite à l'essentiel : quelques coffres de rangement, des bancs et une table de bois. Un grenier surmonte le tout, indispensable pour stocker les outils et les réserves de grains. Derrière la maison, un jardin potager permet à Johan et son épouse Geneviève de cultiver des choux, des pois, des oignons et quelques plantes aromatiques.
Le labeur quotidien de Johan et Geneviève
Le quotidien de la famille est dicté par le travail. Johan, en sa qualité de faudeur (fabricant de charbon de bois), s'active de l'aube au coucher du soleil. Il œuvre soit directement dans l'atelier du seigneur de Berlaimont, soit dans sa propre petite dépendance attenante à la maison, une bâtisse exigüe et sombre. Durant les périodes creuses, Johan loue ses bras comme journalier dans les forges et les usines métallurgiques qui commencent à fleurir et à se développer le long du Houyoux, profitant de l'énergie hydraulique de la rivière.
Geneviève, quant à elle, mène de front de multiples tâches. Elle entretient le potager, veille sur la basse-cour et travaille comme journalière dans les vignobles voisins. Elle apporte également son aide à Johan pour emballer les draps destinés à être transportés et vendus sur le marché de la Grand-Place de Huy. C'est là, au cœur de la ville, que la famille vend ses maigres surplus agricoles pour acheter des produits de première nécessité : du sel pour les conserves, du fer pour les outils ou du tissu brut. Une fois le soir venu, après le repas familial, Geneviève s'installe près du feu pour filer la laine ou le lin afin de confectionner les vêtements de la maisonnée.
Dans ce monde, les couleurs vives sont le privilège exclusif des riches ; Johan, Geneviève et leurs enfants portent des habits aux teintes naturelles et modestes. La viande est un luxe rare, réservée aux grandes fêtes religieuses ou aux jours qui suivent l'abattage d'un animal de la basse-cour.
À chaque âge son devoir : l'éducation des enfants
L'éducation des enfants est au cœur des préoccupations de Geneviève. Chez les Rifflart, chaque membre de la famille, même le plus jeune, participe à la survie du foyer selon ses capacités :
- De 5 à 7 ans : Les plus petits s'occupent des animaux de la basse-cour et ramassent le bois mort pour alimenter l'âtre.
- De 8 à 10 ans : Les enfants aident au potager, portent la lourde corvée de l'eau depuis les sources proches et s'initient aux gestes délicats du filage.
- Dès 12 ans : C'est l'entrée dans le monde adulte. Les garçons quittent la maison pour devenir apprentis, tandis que les filles apprennent les secrets de la gestion d'un foyer.
Malgré le travail, les plus jeunes trouvent encore le temps de jouer à même la terre battue de la maison, s'amusant avec des toupies de bois ou au jeu traditionnel des osselets.
Foi, communauté et saisons
Vers l’an 1500, le temps de cette famille de la banlieue hutoise n'est pas dicté par les heures, mais bien par le cycle immuable des saisons, les travaux des champs et le calendrier de l'Église.
Profondément chrétiens, les Rifflart respectent scrupuleusement le repos dominical. Le dimanche est le jour où toute la famille se pare de ses vêtements propres pour se rendre ensemble à la messe. Ce rendez-vous hebdomadaire est essentiel : il permet de resserrer les liens avec les voisins et d'affirmer leur intégration dans la communauté locale. Face aux hivers rigoureux et aux années de disette, la solidarité villageoise reste leur meilleur rempart pour survivre.
Johan et Geneviève forment un couple travailleur et uni. Ils ne connaissent ni l'opulence des bourgeois de Huy, ni la misère noire des mendiants. Ce sont des gens du commun, respectés pour leur courage et leur honnêteté, menant une vie simple, parfois rude, mais profondément ancrée dans leur terroir mosan.